Photography by Molly Macindoe COUNTERCULTUREGATHERINGS&WORSHIP / juin 2015

DE LA RÉPUBLIQUE TCHÈQUE AU DÉSERT BÉDOIN: ITINÉRAIRE DE RAVE PARTY

Photography by Molly Macindoe
Text by Sophie Pinchetti

Danser et faire la fête sont des activités universelles, ceci dit, ces activités peuvent aussi prendre une tournure plus underground. C’est le cas de la scène “rave” ou “free party”  faire la fête est une forme d’expression radicale et fondamentale. Cette scène souvent méchamment pointée du doigt par les médias grand public, est souvent la cible des autorités qui essayent tant bien que mal de la contrôler. Pourtant, malgré ces désagréments, la scène rave perdure à travers les années.

« Out of Order » est un reportage photo de la raveuse d’origine Qatari Molly Macindoe. Depuis 1997, celle-ci documente la scène rave et teknival à travers le monde, de la France, en passant par les squats de Grande Bretagne jusqu’en république Tchèque et au désert Jordanien. Elle photographie ses amis et les visages de cette communauté internationale et subculturelle dont le dévouement à la fête dépasse les frontières.

C’est un projet que Molly Macindoe souhaite d’ailleurs continuer à développer et à pousser plus loin à travers un deuxième livre reportage. Elle envisage de documenter la nouvelle génération de ravers en allant dans des pays comme la Bulgarie, le Maroc, la Jordanie, le Liban, l’Iran et “n’importe où je serais invitée” dit-elle. “Je crois que partout dans le monde, les gens trouvent toujours un moyen de créer un espace libre où danser et interagir avec des gens qui ont le même état d’esprit, qu’ils vivent dans une société libre ou dans une société oppressée par le gouvernement” affirme t’elle.

Son livre est récemment paru aux éditions Ditto Press, The OTHER en a donc profité pour lui poser quelques questions.

 

THE OTHER: Comment t’es tu retrouvé dans le monde de la rave?

Molly Macindoe: Ce sont quelques amis d’école qui m’ont introduit dans la scène. Ils pensaient que j’avais un esprit assez alternatif pour pouvoir m’y intéresser. À l’époque je n’aimais pas la dance-music. Ce que je recherchais, c’était un endroit, une communauté avec qui je me sentirais à l’aise. Quand j’ai été à ma première free-party au Old Bingo Hall à Wood Green dans le nord de Londres en 1997, j’ai trouvé ce que je cherchais.

 

Group gabber therapy, Mill Mead Road, tottenham Hale, London, 2001.

Group gabber therapy, Mill Mead Road, tottenham Hale, London, 2001.

 

Qu’est ce que tu trouves de si spécial à cette communauté?

Cette scène est faite de gens qui ont trouvé une unité dans leurs différences. Malgré des différences démographiques, ces individus partagent quelque chose de commun, quelque chose qui les a façonné en tant qu’être humain. Qu’ils aient passé leur enfance à voyager ou leur enfance à une école privé, ils partagent la même notion d’indépendence et de créativité. Cette scène est un network qui évolue, grandit et se connecte autour du monde. C’est pour toutes ces raisons que je n’ai jamais trouvé un sujet plus fascinant et inspirant à photographier de façon si régulière et constante.

 

The ladies do the YMCA, Bonenov, Czech Rep., 2004.

The ladies do the YMCA, Bonenov, Czech Rep., 2004.

Where’s Wolly everyone havin’ it to the UK sounds at Czechtek II, Hradiste, Czech Rep., 2006.

Where’s Wolly everyone havin’ it to the UK sounds at Czechtek II, Hradiste, Czech Rep., 2006.

 

Quelles sont les différences principales entre les scènes free party des différents pays?

En France, en 2002, a été décrété une loi sur l’encadrement des free party. Les free party étaient associées à une forme de terrorisme. Après de violents clashs et des manifestations dans tout le pays, le gouvernement a pris la décision de légaliser un certain nombre de Teknivals par an. Ca a crée une rupture dans la scène. La tek tchèque attirait des milliers de gens du monde entier car il n’y avait pas d’intervention de la police. La scène n’existe désormais plus à une si grosse échelle. En 2005, une bataille avec la police avait choqué la nation. Par contre, la scène en Europe de l’Est devient de plus en plus grande et populaire.

 

Sheikh your thang, Wadi Rum, Jordan, 2008.

Sheikh your thang, Wadi Rum, Jordan, 2008.

 

Raconte moi la fête la plus atypique où tu as été?

C’est sans doute le Middle East Teknival de 2008 dans le désert Jordanien. La Jordanie avait été choisi comme lieu, car à part l’Egypte, c’est le seul pays dans le Moyen Orient ou des gens de n’importe quels endroits peuvent légalement venir se rassembler. Le sound-system était français, autrichien et israélien. C’était le premier Teknival dans la région et ça a été possible grâce à des négociations avec une tribu bédouine qui vivait dans la région. Le paysage était incroyable, le désert, c’était comme faire la fête sur la lune. La fête a duré 5 jours, durant lesquelles le générateur est tombé en panne trois fois. C’était un retour aux basiques, ça nous a rappelé les valeurs de cette scène : cette détermination autour de l’idée de liberté et de self-expression sous forme de dance et de musique.

 

Fire Breather and wandering ravers, NYE, Tottenham Hale, London, 1997.

Fire Breather and wandering ravers, NYE, Tottenham Hale, London, 1997.

 

Comment est-ce que tu décrirais le look des gens aux raves?

Je dirais que comme observation générale, on voit de tout et tout est accepté. On lâche des compliments pour une robe flamboyante ou pour le nouveau hoodie Adidas. La population des squats party est multi-subculturelle, c’est donc un melting pot de styles. Dans l’ensemble, je dirais que c’est un style qui célèbre l’individualité, la contre culture et la non-conformité.

 

Punk Kaf tyres by the fire, The Pumphouse, Abbey lane, Stratford, London, 2002.

Punk Kaf tyres by the fire, The Pumphouse, Abbey lane, Stratford, London, 2002.

 

Depuis que tu as commencé à aller à des raves dans les années 90, comment as-tu vu la scène évoluer?

Notice to leave -  Section 63 is served, UK Tek, Bramshott Common, Hampshire, 2001.

Notice to leave – Section 63 is served, UK Tek, Bramshott Common, Hampshire, 2001.

Ça n’a pas changé tant que ça en 20 ans, il y a juste eu différents crews. Les lois, les gouvernements et les situations financières changent, alors la scène et son organisation change aussi. La culture continue à survivre et s’adapte depuis son âge d’or dans la fin des années 80. C’est cette persistance et cette évolution continuelle qui met la free party à part des autres sous-cultures de jeunes (youth-culture). C’est une culture «définitive», c’est une façon de vivre, ce n’est pas juste une tendance.

 

➜ www.mollymacindoe.com

La nouvelle édition de Out of Order by Molly Macindoe est publié  par Ditto Press

 

Annie crouched looking through window at main room crowd, Badalona, Spain, 2000–2001.

Annie crouched looking through window at main room crowd, Badalona, Spain, 2000–2001.

Evan’s wrinkles, Acton, London, 1999.

Evan’s wrinkles, Acton, London, 1999.

Tild, Bristol, 2010.

Tild, Bristol, 2010.

Aidan, Disco and Knickers, Brewery Road, Kings Cross, London, 1999.

Aidan, Disco and Knickers, Brewery Road, Kings Cross, London, 1999.

Quiet please, Middlesex University, Bounds Green, London, 2004.

Quiet please, Middlesex University, Bounds Green, London, 2004.

Sally, Belinda and Knickers the dog, Acton, London, 1999.

Sally, Belinda and Knickers the dog, Acton, London, 1999.

Sadam goes cow-eyed, Czechtek, 2004.

Sadam goes cow-eyed, Czechtek, 2004.

Noora Out of Order, Old Street, London, 1997.

Noora Out of Order, Old Street, London, 1997.

Crowd on roof look down at the street, Kings Cross, London, 1999.

Crowd on roof look down at the street, Kings Cross, London, 1999.

Officer Munkee, Bristol, 2003.

Officer Munkee, Bristol, 2003.

Benny and Be, Dutchtek, Heinenoord, Netherlands, 1999.

Benny and Be, Dutchtek, Heinenoord, Netherlands, 1999.

We shall not be moved Three ravers defiantly face a line of riot police that surround the rig, Bonenov, Czech Rep., 2004.

We shall not be moved. Three ravers defiantly face a line of riot police that surround the rig, Bonenov, Czech Rep., 2004.

 

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