COUNTERCULTURELOCALS / mai 2016

STYLE, PSYCHEDELISME & CONTRE CULTURE: À LA RENCONTRE DE FAYETTE HAUSER

Photography by Fayette Hauser, Clay Geerdes, Roger Arvid Anderson, Chuck Roche, Bud Lee & Joshua Friewald
Text by Sophie Pinchetti

Quand on parle de style, trop n’est jamais assez pour Fayette Hauser.  Fayette est un des membres originaux des Cockettes, une troupe culte de hippie drag sous acides qui connut un véritable succès dans l’univers de la contre culture des années 60 à San Francisco. C’est aussi un des rares femmes « biologiques » du groupe. Le style flamboyant de Fayette est un fameux mélange de drag mixé avec du rock’n roll, avec un bonne touche de psychédélisme et de performance artistique. Cette approche très imaginative et théâtrale pour le style et pour la vie en général, était la marque de fabrique des Cockettes.

C’est en 1968 que Fayette débarqua de la cote Ouest, à San Francisco en Californie. C’est dans cette ville, qu’elle rencontra les personnes avec qui elle allait former la troupe The Cockettes. Ce fut un collectif qui eu la vie courte, mais qui devint pourtant un véritable culturel phénomène représentatif de l’esprit révolutionnaire de l’époque. Vie alternative, free love, psychédélisme, expression, et paillettes par milliers.

Suite à l’article que nous avons déjà publié sur The Cockettes, et en préparation du nouveau livre de Fayette sur la troupe, The Other a voulu plongé plus profond dans l’histoire du groupe à travers une interview de Fayette.

 

The Other_Subculture_Style_Cockettes_San Francisco_Fayette Hauser_01

Fayette Hauser et John Rothemel (1972) dans une rue du Mission District, San Francisco. Crédit: Estate Clay Geerdes. « C’était un shoot pour le « paper doll book » notre programme pour notre spectacle de New York. »

 

The OTHER: Qu’est ce qu’être une Cockettes, voulait dire pour toi ?
FAYETTE HAUSER: Pour moi, c’était juste l’expression naturelle de qui j’étais à cette époque. Ca faisait partie de mon évolution perso et créative. Je n’ai jamais arrêté d’être une Cockettes.

 

THE OTHER Fayette Hauser The Cockettes

Fayette Hauser et ses photos des Cockettes lors de l’exposition Hippie Modernism au Walker Art Center 2015/2016, Minneapolis, Usa

 

Comment décrirais tu la communauté des Cockettes ?
FAYETTE : Notre groupe s’est crée à travers des rencontres, de façon organique, en croisant des gens qui pensaient comme nous. Je vivais déjà avec un groupe d’artistes avant qu’on devienne une groupe de théâtre avec les Cockettes. On se rencontrait à The Fillmore, Winterland, and The Family Dog sur le Great Highway, des bars et des endroits populaires. Puis on a finit par tous habiter ensemble. On vivait dans un large appartement de style victorien sur Bush street à San Francisco. Quand Hibiscus nous a demandé d’emménager avec cette idée de faire de la scène tous ensemble, ca a vraiment scellé le groupe. Notre chez nous est officiellement devenue la première maison des Cockettes.

 

The Other_Subculture_Style_Cockettes_San Francisco_Fayette Hauser_01_Cockettes house

La maison des Cockettes, Oak Street, San Fransisco, 1971. Photo Bud Lee

 

Quelle était ta vision de ce qu’était un Drag ?
FAYETTE : On aimait tous s’exprimer avec nos vêtements, nos « drag ». Et quand je dis « Drag », je le pense dans le sens large du mot, contrairement à l’idée du fantasme drag, qui est de vouloir se transformer dans le genre opposé. Nos concepts drag étaient très compliqués, avec plusieurs dimensions, on y mêlait de multiples fantaisies. En gros, on mettait nos âmes sur l’étalage et on jouait avec.

 

THE OTHER_Subculture_The Cockettes_San Francisco_Sophie Pinchetti

Pristine Condition, Marshall Olds, Cockette Bobby, Danny Isley et Link Martin dans un champ de lavandes – 1971. Photo Fayette Hauser. “Le chateau sur Oak Street avait un jardin ou poussait de la lavande sauvage et je nous imaginais ent train de fleurir dans un paysage mystique, plein de couleur et de magie.  Ce paysage mystique était San Francisco. »


On était des freaks et on en était fiers.

 

En tant que communauté, quelles étaient vos aspirations ?
FAYETTE : On essayait de créer un nouveau mythe, une façon de s’exprimer qui ferait voler en éclats les conventions de ce que veut dire être humain. On était des freaks et on en était fiers. Vivre en communauté, nous permettait de vivre l’expérience d’une vie libre qui n’était pas connecté au système. On s’aidait énormément entre nous et on partageait tout. Il y’avait beaucoup d’autres communautés comme la notre dans la ville. Je pense que c’est l’aspect communautaire de notre vie et de notre culture qui a permit à la philosophie et au principe de contre culture d’avoir une influence si prospère. Les gens faisaient beaucoup dans les communautés.

 

The Other_Subculture_Style_Cockettes_San Francisco_Fayette Hauser_03

Les Cockettes 1971. Photo Fayette Hauser

 

Comment ca a changé ta vie ?
FAYETTE : Je n’avais pas les pieds sur terre à l’époque, je planais. Beaucoup de choses se passaient dans la tête et je trouvais difficile de m’exprimer, les mots ne semblaient pas adéquats. Je ne pouvais par parler. M’exprimer avec des vêtements est devenue la seule façon de m’exprimer. J’ai crée mon propre langage visuel et j’assemblais tout en faisant très attention pour que ca veuille dire quelque chose de spécial, quelque chose d’important. Tous ensemble, on célébrait nos bizarreries, et on avait le désir de créer Majick dans toutes ses formes.

 

The Other_Subculture_Style_Cockettes_San Francisco_Fayette Hauser_03

Gauche: Fayette Hauser et Rumi Missabu font une performance avec the Whiz Kids à Seattle , été 72, Photo de Chuck Roche. Droite: Fayette Hauser (1972) Photographé par Roger Arvid Anderson. San Francisco, Backstage au Palace Theatre, dernier show de  Pearls Over Shanghai. La veste rayé que je porte est une originale de l’époque de la révolution Francaise. C’était ma préféré, je l’ai encore mais elle est un peu abimée »

S’habiller était une façon primordiale de s’exprimer  dans la communauté de Haight.

 

Quelle importance avait le style et les vêtements pour toi ? Ou faisais-tu du shopping ?
FAYETTE : Dans la contreculture en général, s’habiller était important. Il y avait un lieu qui s’appelait The Free Store sur Haight Street et ceux qui venaient dans la ville avec comme ambition de s’éloigner du mainstream pouvait enlever leur fringues, se foutre à poil et se recréer dans le magasin. S’habiller était une façon primordiale de s’exprimer  dans la communauté de Haight. C’était très important de montrer qui tu étais à l’intérieur, de montrer ce qui était important aux yeux de ton âme, sur ton corps. Et puis c’était super sexy !

 

The Other home of subcultures style documentary_The Cockettes- Clay Geerdes The Cockettes Go Shopping, 1972 Courtesy Estate of Clay Geerdes

The Cockettes font faire du shopping, San Francisco, USA, 1972. Photo Courtesy Estate of Clay Geerdes

On recherchait l’article le plus cosmique.

 

Quand nos spectacles ont commencé, on achetait des fringues tous les jours. On recherchait l’article le plus cosmique. Les friperies et spécialement le marché aux puces de Alameda étaient nos spots. Marshall des Cockettes a eu un job au Third Hand Store, un magasin qui était tenu par un couple de hippie qui vendait des sapes vintage. Marshall nous gardait toujours la crème de la crème. Ces choses étaient faciles à trouver parce que le mainstream, à l’époque, ne voulait que du neuf. Apprécier les vielles choses du passé et leur redonner un sens, c’était le truc des Cockettes.

 

The Other_Subculture_Style_Cockettes_San Francisco_Fayette Hauser_02

Cette photo de Fayette a été prise par Clay Geerdes derrière le studio de l’artiste Steven Arnold dans le quartier de Mission à San Francisco, 1971. J’avais l’idée de faire un paper doll book comme programme pour notre show de New York à l’ Anderson Theather du Lower East Side. On voulait montrer de multiples drags donc j’ai pensé à un livre de poupées en papier puisque je les collectionnais. John Flowers a dessiné des environnements fantaisistes pour chacun de nous. On a tous donné une citation pour aller avec les photos que chacun avait sur sa propre page. Les photos n’avaient pas besoin de background vu qu’on allait les découper. J’aime ce look, très adéquat vu qu’on était trashy. Je crois que je venais juste de trouver cette robe robe en herbes séchées. Je porte des perles de bois du vieux département costume de MGM store, mais je rêvais que ce collier est appartenu à Carmen Miranda, et aussi un ouvre bouteille avec la tete d’un mec noir du sud et une étoile maçonnique. J’aimais empiler!

C’était notre forme d’anarchie de tout mélanger, sexuellement et culturellement.

 

Comment as tu vécu cette expérience de libération, physiquement parlant ?
FAYETTE : Il y avait des beaux corps partout dans la rue. Il y avait une véritable conscience du corps, une ouverture sexuelle qui n’existait pas dans d’autres parties des Etats Unis, spécialement pour les femmes. Ce fut un bonheur quand j’ai découvert cet aspect de la vie à San Francisco, quand je suis arrivée pendant l’hiver 1968. Nous les Cockettes, on l’a élevé à un autre niveau, on remettair en question beaucoup de vieux stéréotypes et de frontières. Rien n’était sacré pour nous. C’était notre forme d’anarchie de tout mélanger, sexuellement et culturellement.

 

The OTHER Home of Subcultures Style Documentary_The Cockettes_Photography Fayette Hauser-A Fairytale Ext

The Cockettes pendant leur Fairytale Extravaganza show, 1970. Photo Fayette Hauser

Trop n’était jamais assez.

 

Comment décrirais tu ton style de l’époque ?
FAYETTE : Mon style a évolué de « Cosmic Gypsy », qui était un look tribal, à un look plus cubiste, et très personnel. Pour moi c’est devenu une célébration de l’esprit et du corps en même temps. Des couleurs fortes, en contraste les une avec les autres, le mouvement des couleurs quand tu bouges ton corps, des éléments surréalistes en guise d’accessoires, du trop grand, du comique, du beau. Il y avait trop de choses qui se passaient dans ma tête et je mettais tous ce que je pouvais sur mon corps. Trop n’était jamais assez.

 

The Other_Subculture_Style_Cockettes_San Francisco_Fayette Hauser_04

Fayette Hauser , portrait pour le premier numéro de Newspaper,  qui devint Interview, 1971. Photo Peter Hujar

 

Qu’est ce qui t’inspirait ?
FAYETTE : Quand j’étais une ados dans les années 60, il y avait des théâtres d’art dans Manhattan qui jouaient des film silencieux des années 20 et 30, des comédies musicales des années 40 et 60 ainsi que des films de la new wave française, j’ai tout vu. Ces films m’ont beaucoup influencés. Quand j’étais à l’école d’art à Boston, j’ai aussi découvert des vêtements d’autres époques. Dans les années 60, il y avait dans la mode mainstream, des lignes très droites et des motifs très plats qui ne célébraient pas vraiment les courbes. Même si j’adorais le style mod, ce que je trouvais dans les magasins antiques me faisait voir mon corps de façon totalement différente. Mon corps qui a une forme particulière (style poire) collait beaucoup mieux avec des fringues qui venaient d’un autre temps. Mais je n’ai commencé qu’à porter tous ses merveilleux habits seulement à San Francisco.

 

The Other_Subculture_Style_Cockettes_San Francisco_Fayette Hauser_05

Fayette Hauser dans une rue derrière le studio de l’artiste underground Steven Arnold dans le quartier de Mission, San Francisco, 1971 – photo shoot pour the Cockettes’s Paper Doll Book zine. Photo Courtesy Clay Geerdes Estate

 

Est-ce que quelqu’un en particulier a influencé ton style ?
FAYETTE : Il avait une influence des femmes de la tribu originale de San Francisco, The Family Dog. Spécialement de Nancy Gurley qui était la femme de James Gurly, le guitariste des Big Brother and the Holding Company.

Nancy et James allaient dans les montages de Michoacan au Mexique pour prendre des champignons avec les indiens. Les femmes Michoacan portaient des jupes de couleur faites de tissus faites main, avec des belles rayures, et des bras remplies de bracelets colorés. Nancy adopta ce look, qui était très influencé par la prise de champignons et la connexion spirituelle qu’elle ressentait pour ses femmes. Nancy a habillé Janis Joplin et les femmes de The Family Dog et des femmes d’autres familles, comme les Grateful Dead. Ils portaient tous le look Cosmic Gypsy. C’était le look de la rue à San Francisco quand je suis arrivée.

J’ai rencontré Nancy Gurly à Aspen dans le Colorado pendant l’été 1968, c’était une expérience qui a changé ma vie. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un avec un esprit si ouvert et brillant. Elle est devenue pour moi un modèle et a déterminé ma destiné. Elle m’a emmené à San Francisco et m’a poussé dans les bras de The Family Dog.

 

The OTHER Home of Subcultures Style Documentary_The Cockettes_Photography Fayette Hauser-SonomaSt6

The Cockettes se prépare pour le show Madame Butterfly, Sonoma State, 1970 – Le créateur Hibiscus de The Cockettes Hibiscus est au centre de la photo. Photo Fayette Hauser

 

Les drogues hallucinogènes étaient importantes pour matérialiser nos visions.

J’aimerais connaître ton avis sur le pouvoir des drogues psychédéliques.
FAYETTE : Les drogues psychédéliques étaient un catalyseur pour toute la culture de Haight. Tu ne peux pas parler de cette période sans en parler. N’importe qui, qui a atterri sur Haight Street dans les années 60, prenaient des drogues hallucinogènes ou sinon, quittait la ville et rentrait chez lui. Ca faisait vraiment partie de la scène. La transformation personnelle faisait partie intégrante de l’expérience de contreculture. Les drogues psychédéliques mettaient le passé de la personne dans un sac bien fermé qui étaient comme jeté par la fenêtre. La plupart des décisions que les gens faisaient qui étaient considérés d’une importance vitale venaient des visions provoquées par l’acide. Les drogues hallucinogènes étaient importantes pour matérialiser nos visions. Du moins, c’était vrai pour les Cockettes. On était des « acid babies », psychédélisés au max, et on voulait créer des visions magiques sur scène ainsi qu’en dehors.

 

The Other home of subcultures style documentary_The Cockettes-Fayette Hauser

Fayette Hauser backstage pendant le show de The Cockettes’s Radio Rodeom 1971. Photo Joshua Friewald

 

Comment les drogues psychédéliques ont influencé ton style ?
FAYETTE : Les drogues psychés ont ajouté une dimension à mon esprit. Elles m’ont donné une perspective très claire, cubiste et surréaliste sur le monde et c’était de ce point de vue que je portais mes vêtements. Des couches de concepts et de couleurs, des vêtements larges et petits, des trucs en-veux-tu, en-voilà, avec une petite touche d’occulte et une large dose de satire. Et le tout, avec mes seins dehors, bien sur.

 

The OTHER Home of Subcultures Style Documentary_The Cockettes_Fayette Hauser 01 san fran

 

Vivant désormais à Los Angeles, Fayette écrit, voyage et partage ses photos, ses histoires et ses pensées. Elle a récemment donné une conférence lors de l’exposition américaine « ‘Hippie Modernism: The Struggle for Utopia », qui expose les pionniers du design et de l’art d’avant-garde des années 60 et 70; L’exposition voyage au Cranbrook Museum à Détroit et ouvre ses portes en juin 2016. Les tenues « Cosmic Gypsy » de Fayette sont exposes dans l’exposition Counter Couture: The Fashioning of Identity in the American Counter-Culture qui voyage au musée des arts et du design à New York et ouvre en février 2017.

 

The OTHER Home of Subcultures Style Documentary_The Cockettes_Photography Fayette Hauser_Hibiscus Wally

Gauche: Waleena, San Francisco, USA 1971. Photo Fayette Hauser Droite: Hibiscus, 1970. Photo Fayette Hauser

 

N’oublie pas de checker le site de Fayette www.fayettehauser.com
Et de pré-commander le livre de photo des Cockettes par Fayette Hauser.

Lis l’article de The Other sur les Cockettes, pour savoir comment tout a commencé.

 

The OTHER Home of Subcultures Style Documentary_The Cockettes_Photography Fayette Hauser-01

Nazrullah à la fenètre, maison des Cockettes, San Francisco, USA. Photo Fayette Hauser

The OTHER Home of Subcultures Style Documentary_The Cockettes_Photography Fayette Hauser

The Cockettes au Sonoma State, USA, 1970. Photo Fayette Hauser

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>